Vendredi 25 avril 2008
Du film « Risky Business » sorti en 1983 je ne me souviens pas de grand’chose, deux-trois scènes, une musique, un gimmick. Remarque, tu me diras,
pour un film sorti en 1983 que je n’ai vu qu’une seule fois, finalement je m’en rappelle pas mal.
Me reviennent en mémoire donc :
Et c’est plutôt de cela dont je veux parler.
Ces derniers temps j’ai remarqué que je prenais souvent de grandes décisions dans des commodités publiques. Une fois dans les toilettes du Musée Guggenheim de Bilbao. Une autre dans les lieux d’aisance d’une de mes cantines du 10ème. Là c’était dans les toilettes du Terminal E de Roissy. Grande décision : j’ai décidé de me la péter, de me dire « et puis merde » à la Risky Business.
Cela faisait plusieurs jours que je travaillais sur cette idée de cesser de n’être que le brouillon de ce que je me destine un jour à être. « Il est quand même temps de s’employer à investir l’original me disais-je, à utiliser la vraie sans avoir peur de l’abîmer. J’ai toujours en moi ce truc horrible issu de mon enfance : « fais attention à ne pas l’abîmer », « prend le vieux, le neuf tu vas l’abîmer". Lorsqu’il y a trois-quatre ans ma mère a ressorti mes poupées d’une cryogénisation agricole [stockage de 30 ans dans une grange reconvertie en cave/grenier] pour les donner à mes nièces, j’ai juste mis un véto sur mon poupon black (Mamadou), les autres je les ai données, sans manquer au passage de dire à ma mère : « ben dis donc, le moins qu’on puisse dire c’est qu’elles ne sont pas abîmées ! » (oui, on a les petites revanches qu’on peut).
Re-bref, je m’égare. Assise sur un demi rouleau de PQ étalé sur la lunette d’une des toilettes de la salle d’embarquement d’un hall du terminal E à Roissy donc, vers les 19 heures et des poupouilles, je pris donc la décision de cesser d’adopter le profil bas en toutes circonstances et de commencer pas plus tard que tout de suite à me la péter grave. Arguant que de toutes façons on ne prête qu’aux riches et qu’il ne pleut que sur les mouillés et que donc choisis ton camp camarade mais c’est vite vu en même temps.
En fait cela ne m’est pas venu tout à trac d’un coup comme ça non plus hein. C’est surtout parce que quelques heures plus tôt j’avais écrit un mail professionnel dans lequel je m’exprimais avec aplomb sur un sujet que je ne maîtrisais absolument pas (mais genre limite j’y comprends rien même) et que j’avais reçu en retour des mails flatteurs et admiratifs. Et là, la lumière fût. Mais alors a-veu-glan-te. Y’a qu’à. Se la péter grave.
Je peaufinais ma stratégie en montant dans l’avion, le Canard Enchaîné dans une main et GQ dans l’autre. Je me sermonnais encore un petit coup en serrant ma ceinture de sécurité. Remontée à bloc. Quand soudain une odeur épouvantable me parvint aux narines. Ca puait les pieds GRAVE comme disent les djeunes. J’essayais de repérer d’où venait l’odeur, remerciant Dieu au passage que mon collaborateur et compagnon de voyage soit suffisamment loin pour ne pas être la source de la nuisance quand soudain je repèrai la paire de pieds incriminée, derrière moi, attachée aux jambes d’une preppie en goguette vers ce pays de l’Est pour visiter les sweat shops du 21ème siècle (mais si tu sais, ces bureaux remplis d’ingénieurs informaticiens sur-diplômés que tu embauches à un salaire de misère pour faire du data crunching). Là-dessus – forte de mes bonnes résolutions- je me levais comme un seul homme, je sortais mon plus beau sourire carnassiers assortis du regard le plus méprisant qui soit et je m’adressais à la grognasse : « pourriez-vous s’il-vous-plaît remettre vos chaussures, c’est insupportable cette odeur, merci » et sans attendre la réponse, je me retournais et me rasseyais, ajoutant in petto la fin de la phrase « on n’est pas chez Mémé non plus ».
La fautive balbutia des excuses incompréhensibles et remit ses Todds (oui, tu peux AUSSI puer des pieds en Todds) moyennant quoi la clim’ se mit en route sauvagement au même moment et éradiqua ainsi ma nausée naissante.
Je pense qu’à cet instant je devais rayonner de bonheur.
Sur ma lancée, en arrivant à l’hôtel, je bookais un massage pour le lendemain et je me commandais un Martini au bar pour m’en griller une dernière le gosier pas trop sec avant de rejoindre ma chambre non-fumeur.
Lors du voyage de retour l’avion était vide, j’occupais seule ma portion Tempo Challenge et fus le centre d’une attention de tous les instants d’une hôtesse de l’air désoeuvrée. Ce qui ne manqua pas de me conforter dans ma nouvelle résolution.
C’est une nouvelle ère qui commence je te le dis (en vérité, en vérité).
Me reviennent en mémoire donc :
- que Tom Cruise ressemblait énormément à mon frère. Mais vraiment c’était incroyable (et personne n’en n’avait cure vu qu’à l’époque, Tom Cruise ou personne c’était pareil)
- une scène dans un métro avec Rebecca de Mornay et une musique lancinante de Tangerine Dream et une photo à forte dominante orange justement
- une scène débile où Tom-Tom faisait de l’air guitar en chaussettes (je suis allée vérifier parce que je ne me rappelaits plus de l’air c’est sur du Bob Seger [oh misère] )
- et de la philosophie générale du film : « parfois il faut savoir (se) dire « et puis merde » » ou un truc du genre approchant tout pareil.
Et c’est plutôt de cela dont je veux parler.
Ces derniers temps j’ai remarqué que je prenais souvent de grandes décisions dans des commodités publiques. Une fois dans les toilettes du Musée Guggenheim de Bilbao. Une autre dans les lieux d’aisance d’une de mes cantines du 10ème. Là c’était dans les toilettes du Terminal E de Roissy. Grande décision : j’ai décidé de me la péter, de me dire « et puis merde » à la Risky Business.
Cela faisait plusieurs jours que je travaillais sur cette idée de cesser de n’être que le brouillon de ce que je me destine un jour à être. « Il est quand même temps de s’employer à investir l’original me disais-je, à utiliser la vraie sans avoir peur de l’abîmer. J’ai toujours en moi ce truc horrible issu de mon enfance : « fais attention à ne pas l’abîmer », « prend le vieux, le neuf tu vas l’abîmer". Lorsqu’il y a trois-quatre ans ma mère a ressorti mes poupées d’une cryogénisation agricole [stockage de 30 ans dans une grange reconvertie en cave/grenier] pour les donner à mes nièces, j’ai juste mis un véto sur mon poupon black (Mamadou), les autres je les ai données, sans manquer au passage de dire à ma mère : « ben dis donc, le moins qu’on puisse dire c’est qu’elles ne sont pas abîmées ! » (oui, on a les petites revanches qu’on peut).
Re-bref, je m’égare. Assise sur un demi rouleau de PQ étalé sur la lunette d’une des toilettes de la salle d’embarquement d’un hall du terminal E à Roissy donc, vers les 19 heures et des poupouilles, je pris donc la décision de cesser d’adopter le profil bas en toutes circonstances et de commencer pas plus tard que tout de suite à me la péter grave. Arguant que de toutes façons on ne prête qu’aux riches et qu’il ne pleut que sur les mouillés et que donc choisis ton camp camarade mais c’est vite vu en même temps.
En fait cela ne m’est pas venu tout à trac d’un coup comme ça non plus hein. C’est surtout parce que quelques heures plus tôt j’avais écrit un mail professionnel dans lequel je m’exprimais avec aplomb sur un sujet que je ne maîtrisais absolument pas (mais genre limite j’y comprends rien même) et que j’avais reçu en retour des mails flatteurs et admiratifs. Et là, la lumière fût. Mais alors a-veu-glan-te. Y’a qu’à. Se la péter grave.
Je peaufinais ma stratégie en montant dans l’avion, le Canard Enchaîné dans une main et GQ dans l’autre. Je me sermonnais encore un petit coup en serrant ma ceinture de sécurité. Remontée à bloc. Quand soudain une odeur épouvantable me parvint aux narines. Ca puait les pieds GRAVE comme disent les djeunes. J’essayais de repérer d’où venait l’odeur, remerciant Dieu au passage que mon collaborateur et compagnon de voyage soit suffisamment loin pour ne pas être la source de la nuisance quand soudain je repèrai la paire de pieds incriminée, derrière moi, attachée aux jambes d’une preppie en goguette vers ce pays de l’Est pour visiter les sweat shops du 21ème siècle (mais si tu sais, ces bureaux remplis d’ingénieurs informaticiens sur-diplômés que tu embauches à un salaire de misère pour faire du data crunching). Là-dessus – forte de mes bonnes résolutions- je me levais comme un seul homme, je sortais mon plus beau sourire carnassiers assortis du regard le plus méprisant qui soit et je m’adressais à la grognasse : « pourriez-vous s’il-vous-plaît remettre vos chaussures, c’est insupportable cette odeur, merci » et sans attendre la réponse, je me retournais et me rasseyais, ajoutant in petto la fin de la phrase « on n’est pas chez Mémé non plus ».
La fautive balbutia des excuses incompréhensibles et remit ses Todds (oui, tu peux AUSSI puer des pieds en Todds) moyennant quoi la clim’ se mit en route sauvagement au même moment et éradiqua ainsi ma nausée naissante.
Je pense qu’à cet instant je devais rayonner de bonheur.
Sur ma lancée, en arrivant à l’hôtel, je bookais un massage pour le lendemain et je me commandais un Martini au bar pour m’en griller une dernière le gosier pas trop sec avant de rejoindre ma chambre non-fumeur.
Lors du voyage de retour l’avion était vide, j’occupais seule ma portion Tempo Challenge et fus le centre d’une attention de tous les instants d’une hôtesse de l’air désoeuvrée. Ce qui ne manqua pas de me conforter dans ma nouvelle résolution.
C’est une nouvelle ère qui commence je te le dis (en vérité, en vérité).
