Vendredi 25 avril 2008

4

Du film « Risky Business » sorti en 1983 je ne me souviens pas de grand’chose, deux-trois scènes, une musique, un gimmick. Remarque, tu me diras, pour un film sorti en 1983 que je n’ai vu qu’une seule fois, finalement je m’en rappelle pas mal.

Me reviennent en mémoire donc :
  • que Tom Cruise ressemblait énormément à mon frère. Mais vraiment c’était incroyable (et personne n’en n’avait cure vu qu’à l’époque, Tom Cruise ou personne c’était pareil)
  • une scène dans un métro avec Rebecca de Mornay et une musique lancinante de Tangerine Dream et une photo à forte dominante orange justement
  • une scène débile où Tom-Tom faisait de l’air guitar en chaussettes (je suis allée vérifier parce que je ne me rappelaits plus de l’air c’est sur du Bob Seger [oh misère] )
  • et de la philosophie générale du film : « parfois il faut savoir (se) dire « et puis merde » » ou un truc du genre approchant tout pareil.

Et c’est plutôt de cela dont je veux parler.

Ces derniers temps j’ai remarqué que je prenais souvent de grandes décisions dans des commodités publiques. Une fois dans les toilettes du Musée Guggenheim de Bilbao. Une autre dans les lieux d’aisance d’une de mes cantines du 10ème. Là c’était dans les toilettes du Terminal E de Roissy. Grande décision : j’ai décidé de me la péter, de me dire « et puis merde » à la Risky Business.

Cela faisait plusieurs jours que je travaillais sur cette idée de cesser de n’être que le brouillon de ce que je me destine un jour à être. « Il est quand même temps de s’employer à investir l’original me disais-je, à utiliser la vraie sans avoir peur de l’abîmer. J’ai toujours en moi ce truc horrible issu de mon enfance : « fais attention à ne pas l’abîmer », « prend le vieux, le neuf tu vas l’abîmer". Lorsqu’il y a trois-quatre ans ma mère a ressorti mes poupées d’une cryogénisation agricole [stockage de 30 ans dans une grange reconvertie en cave/grenier] pour les donner à mes nièces, j’ai juste mis un véto sur mon poupon black (Mamadou), les autres je les ai données, sans manquer au passage de dire à ma mère : « ben dis donc, le moins qu’on puisse dire c’est qu’elles ne sont pas abîmées ! » (oui, on a les petites revanches qu’on peut).

Re-bref, je m’égare. Assise sur un demi rouleau de PQ étalé sur la lunette d’une des toilettes de la salle d’embarquement d’un hall du terminal E à Roissy donc, vers les 19 heures et des poupouilles, je pris donc la décision de cesser d’adopter le profil bas en toutes circonstances et de commencer pas plus tard que tout de suite à me la péter grave. Arguant que de toutes façons on ne prête qu’aux riches et qu’il ne pleut que sur les mouillés et que donc choisis ton camp camarade mais c’est vite vu en même temps.

En fait cela ne m’est pas venu tout à trac d’un coup comme ça non plus hein. C’est surtout parce que quelques heures plus tôt j’avais écrit un mail professionnel dans lequel je m’exprimais avec aplomb sur un sujet que je ne maîtrisais absolument pas (mais genre limite j’y comprends rien même) et que j’avais reçu en retour des mails flatteurs et admiratifs. Et là, la lumière fût. Mais alors a-veu-glan-te. Y’a qu’à. Se la péter grave.

Je peaufinais ma stratégie en montant dans l’avion, le Canard Enchaîné dans une main et GQ dans l’autre. Je me sermonnais encore un petit coup en serrant ma ceinture de sécurité. Remontée à bloc. Quand soudain une odeur épouvantable me parvint aux narines. Ca puait les pieds GRAVE comme disent les djeunes. J’essayais de repérer d’où venait l’odeur, remerciant Dieu au passage que mon collaborateur et compagnon de voyage soit suffisamment loin pour ne pas être la source de la nuisance quand soudain je repèrai la paire de pieds incriminée, derrière moi, attachée aux jambes d’une preppie en goguette vers ce pays de l’Est pour visiter les sweat shops du 21ème siècle (mais si tu sais, ces bureaux remplis d’ingénieurs informaticiens sur-diplômés que tu embauches à un salaire de misère pour faire du data crunching). Là-dessus – forte de mes bonnes résolutions- je me levais comme un seul homme, je sortais mon plus beau sourire carnassiers assortis du regard le plus méprisant qui soit et je m’adressais à la grognasse : « pourriez-vous s’il-vous-plaît remettre vos chaussures, c’est insupportable cette odeur, merci » et sans attendre la réponse, je me retournais et me rasseyais, ajoutant in petto la fin de la phrase « on n’est pas chez Mémé non plus ».

La fautive balbutia des excuses incompréhensibles et remit ses Todds (oui, tu peux AUSSI puer des pieds en Todds) moyennant quoi la clim’ se mit en route sauvagement au même moment et éradiqua ainsi ma nausée naissante.

Je pense qu’à cet instant je devais rayonner de bonheur.

Sur ma lancée, en arrivant à l’hôtel, je bookais un massage pour le lendemain et je me commandais un Martini au bar pour m’en griller une dernière le gosier pas trop sec avant de rejoindre ma chambre non-fumeur.

Lors du voyage de retour l’avion était vide, j’occupais seule ma portion Tempo Challenge et fus le centre d’une attention de tous les instants d’une hôtesse de l’air désoeuvrée. Ce qui ne manqua pas de me conforter dans ma nouvelle résolution.

C’est une nouvelle ère qui commence je te le dis (en vérité, en vérité).



par Anna K publié dans : Les grandes espérances
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander
Mardi 15 avril 2008

3

Allégorie alpine.

Je mue et je me meus. En un mot come en cent j’en ai fini de mener ma vie comme on prend un tire-fesse : en gardant les genoux serrés, les pieds bien dans les traces des autres, en essayant de ne pas tomber pour arriver en haut. Je m’en fous d’aller en haut. Enfin, je m’en fous d’aller plus haut que je ne suis maintenant surtout. Time to party baby. Commencer à s’amuser dans la vie, à 40 ans, ça ne me paraît pas trop exagéré comme décision. *remontée*

Déjà d’avoir une vie avant et après le bureau ça ne me semble pas super déconnant non plus. Partir de chez moi le matin sans urgence, sans me demander combien de temps je vais mettre. J’arrive quand j’arrive et basta. Sans culpabilité non plus. Et rentrer quand j’en ai assez. Le luxe absolu. Du temps…*soulagée*

Je fais mon deuil des châteaux en Espagne qui m’empêchaient de ne pas apprécier mon 2 pièces. Il n’y a plus de « plus tard » ni « d’ailleurs ». Il y a « ici et maintenant », au pire « demain on verra si j’ai encore envie » mais plus d’attente de grands soirs et d’hommes providentiels. Des projets à la place. « C’est une révolte ? » « Nan c’est une révolution » *esquisse un pas de danse*

Balancer les reliques, virer le provisoire qui dure. Se détacher des objets encombrants au sens propre comme au sens figuré. Etre dans ses meubles, les siens, enfin. Un nouveau canapé, les meubles qui jouent aux chaises musicales et on réaménage le tout. Le samedi à pas d’heure de la nuit si je veux. La surprise de voir le dimanche matin que malgré la taille du biniou on a gagné en volume et en espace autour. Et ce n’est pas fini. Un grand ménage de printemps se profile à l’horizon, ça va valser les saloperies bancales moi je te le dis. Je veux une vraie table, un vrai lit, un vrai appartement à moi. *investie dans / par le design* [zaïgne]

Arriver à la gare et regarder les panneaux d’affichage. Tous les matins. Me demander où je pourrais partir aujourd’hui : Ostende, Berlin, Londres, Amsterdam... Sourire à l’idée et descendre prendre le même train que la veille. Mais avec le sourire et le pas léger, ailée de la possibilité d’un départ. La vie moderne rend la tâche de l’aventurier difficile je remarque, plus question de sauter dans un train comme ça au débotté : sans billet tu ne peux même plus monter dans le train ! Mais ce n’est pas grave, ça, du détail, pfuit, balayé du revers de la main. Car le champ des possibles est là. *rêveuse*

En sortant de la gare s’apercevoir que j’ai retrouvé une vision verticale. En voiture tu ne fais plus que panoter de droite à gauche et de gauche à droite. Tu regardes devant et derrière. Jamais tu ne lèves les yeux au ciel, aux cimes, aux plus hauts étages des immeubles et aux frontons des portes. Alors retrouver les caryatides, les détails des signatures d’architecte ou juste regarder les oiseaux dans les arbres et le soleil, marcher le nez au vent et sentir ce petit sourire revenir, un petit bonheur de plus dans ma besace et hop. *légère*

Je me sens comme un panneau solaire, je monte en régime et j’emmagasine tous les rayons qui se posent sur moi. La surface sensible capitalise au lieu de faire souffrir. Elle est là la nouveauté. *contente*
Apaisée de bien des tourments.

Il m’a dit que j’avais quelque chose de changé. « Dans le visage » il précise. Il cherche, me regarde encore. Je ne dis rien. Il boit une gorgée de vin, s’enfonce dans le canapé dans lequel il va passer la soirée à me raconter les détails de sa rupture, de sa liaison, sans cesser de s’excuser de n’avoir trouvé que moi pour le consoler. Je le rassure sincèrement, je l’ai toujours bien aimé sans en être amoureuse mon sex bud, alors je lui dis que ce n’est pas parce qu’on ne couche pas ensemble qu’on ne peut pas être amis. Je lui rappelle que j’étais allée le voir aussi quand l’autre grand con m’avait fait exploser le cœur en mille morceaux. Qu’il avait été là pour moi sans poser de questions ni de conditions. Ca aussi c’est nouveau je me dis : mon premier ami after sex. « trouver un autre sex bud » je me dis aussi. *légèrement contrariée* En partant il me serre dans ses bras un peu longtemps. Je trouve ça drôlement bien aussi alors je ne le presse pas. Dans l’embrasure de la porte il me regarde encore : « c’est le sourire » il me dit, « maintenant tu as les yeux qui sourient en plus de la bouche ». *touché(e)*
par Anna K publié dans : Les grandes espérances
ajouter un commentaire commentaires (14)    recommander
Mardi 8 avril 2008

2

Sucrerie.


par Anna K publié dans : treat yourself
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander
Samedi 29 mars 2008

1

Calée au fond d’une DS21 avec des sièges en cuir crème je sursaute un petit peu quand la voiture marque l’arrêt. La porte s’ouvre, une main se tend pour m’aider à sortir - m’extirper- et je me déplie, un petit peu, complètement jusqu’à ce que le vent me fouette les joues et que la mèche rebelle se colle à ma joue en s’encastrant dans mon œil gauche au passage. Il y a une odeur de plaine, de foin coupé et de bise d’hiver. Le soleil réchauffe ce qu’il faut. Je rajuste le grand col châle autour de mon cou parce que le vent souffle froid et je m’engouffre dans le cou d’un homme, chaud et odorant, mélange de tabac blond et de Cacharel pour Homme. Il y a plein de paroles muettes qui s’échangent. Des mots d’amour das tout ce grand silence bruyant.
L’homme n’a qu’une main à mon service parce que dans l’autre le manche de la guitare s’arrime sûrement. L’imaginaire s’emballe sur la résonance métallique de la corde qui vibre. La plainte de la corde et du doigt, le couinement acoustique, la sweet discordance du changement d’accord.
Les mots, la phrase, le timbre qui font chanceler. En équilibre dans le vide et pourtant la prise est sûre et je n’ai pas peur. L’écho, la réverb’, même combat. Le son dans ma tête, la caisse de résonance dans tout mon corps et le palpitant qui fait boum boum boum.
Devant, à perte de vue la grande plage est vide, la mer danse un peu sombre et mes entrailles me font mal. Une espèce de spasme délicieux qui me foudroie le bas ventre. Les larmes qui perlent aux yeux, le vent toujours, la pression de la main, ou l’étreinte d’un grand bras qui me rabat sur un corps avide.
Alors le temps n’existe plus et la couleur, bleu pétrole, m’envahit. C’est d’un doux réconfort de mal être et d’être bien quand même, avec cette voix enveloppante comme un gros pull dans lequel on se love au coin du feu.
Je suis aimable et aimante. Envie d’être amoureuse, je cherche une bouche groseille à happer. Un nouveau bonbon à sucer.
Soupir...


Le dernier disque d’Alain Bashung est sorti.

par Anna K publié dans : Les grandes espérances
ajouter un commentaire commentaires (15)    recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus